IA, bientôt les robots auteurs ?

La dernière étude en date du Gartner promet que les journalistes, mais aussi les rédacteurs de communication ou de marketing au sens large, seront remplacés demain par des robots issus de l’intelligence artificielle. Pour résumer, l’IA, par l’apprentissage profond, est capable d’établir de manière bien plus fiable et plus rapide que l’être humain des correspondances entre des mots, des suites de nombre, etc…

Selon Max Deutsch, fondateur d’OpenmindLearning.com, l’IA permettra « bientôt » de constituer une base de données des groupes de mots les plus couramment utilisés sur un sujet donné, et de prédire les associations de mots les plus probables.

Déjà vu

A bien y réfléchir, le résultat potentiel de cette technique ne nous est pas totalement inconnu. En matière de moteurs de recherche, la volonté de favoriser la plus large audience aboutit déjà aujourd’hui à une standardisation croissante, en incitant à la réutilisation toujours plus fréquente des mêmes arguments et/ou mots clés réputés stratégiques pour la visibilité. Quant aux techniques de profilage des réseaux sociaux, elles ont pour effet, comme cela a été souligné lors des élections américaines et françaises, de créer des bulles informationnelles, où ne sont regroupés que les contenus les plus susceptibles d’emporter l’adhésion d’un lectorat cible.

Déjà lu

L’idée du recours à l’IA pour remplacer le rédacteur s’inscrit en définitive dans le prolongement d’une tendance déjà à l’œuvre et qui vise à l’uniformisation des arguments et des messages. Il arrivera nécessairement un moment où ces contenus, tant dans leur structure que dans le vocabulaire utilisé, seront si prévisibles qu’ils pourront être générés par un algorithme. Du point de vue du lecteur, il est cependant permis de se demander si ce qui peut être si « facilement » prédit par un algorithme ne peut l’être de manière presque instantanée par le cerveau humain, et l’amener à se désintéresser d’un contenu « déjà vu, déjà lu ». Comment réagissez-vous lorsque quelqu’un vous répète pour la centième fois la même chose ?

Lire, c’est converser

Du point de vue du rédacteur, ce qui disparaît ici, c’est évidemment la liberté de choix qui fera associer tels mots avec tels autres, ou qui déterminera l’enchaînement des arguments en fonction non seulement de ce qu’attend le lecteur, mais aussi de la culture, du vécu et de l’expérience de l’auteur. Un contenu réussi est autant porteur du savoir et de la compréhension du domaine de son auteur que de son intelligence émotionnelle, de sa capacité d’empathie avec le lecteur ou avec ceux au sort desquels le lecteur s’intéresse. C’est cette voix singulière qu’il continue de rechercher à travers les livres, les billets de blogs, les podcasts… La lecture est et a toujours été avant tout une manière d’entrée en conversation

Il faudra choisir

Entre audience tous azimuts et singularité de la voix, le moment vient à grand pas où il faudra vraiment choisir. Car la conversation n’est pas la reproduction standardisée et mot à mot d’un échange qui a déjà eu lieu. Elle est une interaction forcément unique et originale qui implique de s’adresser à telles personnes plutôt qu’à telles autres. Les outils, et en premier l’intelligence artificielle, ne nous conduirons que là où nous souhaitons aller. A nous de savoir si l’objectif est une quête infinie de la popularité ou un objectif qualitatif de contact générateur de véritables échanges.